100 souvenirs de 2025

100 souvenirs de l’année écoulée, sans regarder les photos ni en parler avec les autres : on avait fait ça l’année dernière, c’est vrai, j’avais oublié avant de lire la mouture 2025 de Dame Ambre. Cela m’a donné envie de retenter l’exercice — parfait pour ne pas voir passer un ou deux trajets en métro.

  1. Manquer de me tôler en venant saluer à la fin de mon premier spectacle de fin d’année en tant que professeur de danse
  2. Une nuit d’amour — une coulée d’amour — dans l’obscurité complète
  3. Le boyfriend réjoui comme un gosse dans sa nouvelle maison vide avant l’arrivée des déménageurs
  4. Ma première Cornish pasty
  5. Le plaisir de massacrer Clair de lune de Debussy dans une version simplifiée durant les quatre jours plutôt pluvieux passés dans un AirBnB avec un piano quart de queue
  6. Le collègue ancien formateur qui passe la tête dans le studio, voit mes élèves répéter et leur dit « C’est bien, le filles. » (Je n’ai pas oublié le s, c’est l’accent.)
  7. Le même qui, me raccompagnant au métro en voiture, me dit qu’il est content de moi, de ce que j’ai fait avec les élèves, je ne les ai pas mises en danger
  8. Gérer la nuée d’ado déçues quand les pointes sont annulées (so much for la non mise en danger)
  9. Une leçon improvisée sur le spot de la tête dans les tours sur la pelouse du square et une boîte de macarons d’ici
  10. Le maquereau, le beer battered fish et la salicorne au restaurant turquoise de Newlyn
  11. L’exaltation parmi les bruyères dans la golden hour
  12. Mum qui prend le rond-point à contre-sens après une erreur d’embranchement qui nous aurait fait rater le ferry
  13. Les glaces à rien à la clotted cream
  14. Le champ qui sent le pain grillé lors d’une randonnée décevante sur bitume
  15. Les mûres comme snack gratuit en randonnant sur le bord de mer, dans une végétation qui transforme ce bout de côte en plantation de thé
  16. À table, Mum qui me dit, je ne sais plus avec quels mots, qu’elle m’observe adulte, que je ne suis pas comme elle, que j’ai plus d’empathie ou de bienveillance, mais ce ne sont ses termes, je n’ai pas retenu les mots, juste la lumière que cela a fait naître
  17. Le port de Newlyn par la fenêtre du AirBnB de guingois
  18. Voir P. déployer son cygne et gagner en confiance en cours particulier
  19. Les plaques de cuisson constellées de postillons gras après le passage du boyfriend et tout ce qu’il en est advenu sur table et dans mon estomac
  20. Cinq mois de vie commune dont il ressort : oui aux câlins à domicile, non au bruit incessant qui sort des écrans
  21. Les massages de pied du boyfriend
  22. Les chirashis du samedi soir, avec double ration d’avocat
  23. L’exaltation de Liv Maria, la force de vie de Julia Kerninon — lectures partagées avec Melendili
  24. Le boyfriend qui me caresse la tête comme un enfant malade et me serre contre lui contre les sanglots inarrêtables, le sentiment de faute irréparable qui vient de loin, contre lequel je ne peux rien, sur le point de me perdre (et lui, qui me confie a posteriori que je lui ai fait peur)
  25. Découvrir la nouvelle maison de Dad sans lui et lui rendre visite en maison de repos / son SMS ensuite « énormément plaisir »
  26. Le chat qui vient ronronner sur mes jambes par-dessus la couette alors que le boyfriend est reparti sans lui pour quelques temps
  27. La jalousie jouée envers Martin, le moniteur d’auto-école pour lequel le boyfriend se parfume
  28. Revenir à la gare à trois professeurs et trois roses de front
  29. Devenir autre chose que collègues en écoutant une détresse psychologique, puis des bribes d’histoire personnelle
  30. Le quiproquo avec la psy et une séance qui a failli être la dernière sans que je le sache
  31. La douleur légère au genou pendant des mois, et le soulagement de l’infiltration sans commune mesure avec celle de la hernie discale
  32. Les bruits de travaux et le plafond palmier à dalles lumineuses lors de l’IRM qui me diagnostique finalement un ménisque fissuré
  33. L’envie de jeter la manette par la fenêtre, même avec le jeu au casque — bruit de plastique énervé
  34. Cette carte de remerciement infiniment émouvante
  35. Se demander s’il faut écrire Sherpa ou sherpa en relisant ce manuscrit maintenant publié / apprendre tout un tas de trucs sur l’alpinisme et mon amie
  36. Les asperges au peanut butter chez Britney pour mon anniversaire
  37. Installer la table de jardin offerte par le boyfriend dans ma chambre pour avoir chacun un bureau
  38. Partir en expédition Le bon coin au débotté pour trouver un bureau où le boyfriend puisse installer son ordinateur et sa tablette graphique / Mum qui plaisante en rajoutant un zéro de trop
  39. Le chat qui surveille la main de Mum sur le levier de vitesse
  40. L’adieu à l’appartement de Montrouge
  41. L’exercice de Pilates piqué à un cours avec Mum pour les élèves de barre au sol
  42. Unlocker un nouveau niveau d’en dehors en cours de posture
  43. Survivre à quatre semaines avec un seul jour de congé hebdomadaire
  44. Passer de 16 à 21h de cours hebdomadaires
  45. Les pâtes du mercredi et du samedi midi dans des bacs de glace au chocolat
  46. La petite explosion de la couronne qu’on ouvre en port de bras comme étant ma marque de fabrique, selon CC
  47. Être raccompagnée au métro par S. en collants roses et guêtres noires sous son manteau, la choquer en sortant du pain et du fromage en tranche de mon sac de danse
  48. Donner des cours particuliers à une gymnaste qui fait les championnats de France et dont la cousine a dansé Serenade aux États-Unis
  49. La posturologue qui me rapporte on est contente de l’avoir, avec elle on danse vraiment
  50. La visite d’une baraque bourbier inchauffable indémerdable
  51. Découvrir certaines de mes plus belles écharpes ruinées et faire la chasse aux mites
  52. Se faire plaisir en abordant du répertoire en stage / La Bayadère (la variation de la flûte) et Dances at a Gathering (le danseur en brun) / le groupe incroyable et ma dame pétillante aux cheveux tout blancs
  53. La petite fille aux bras scarifiés qui court de joie après le spectacle (et n’est plus là à la rentrée, dépression sévère)
  54. Les bretelles de justaucorps qu’on réunit avec des ronds de porte-clefs pour le spectacle
  55. Le grand gaillard à qui échappe une larme d’émotion parce que ce spectacle est le dernier avec le conservatoire après y avoir fait toute sa scolarité — il passe au niveau supérieur
  56. Appeler Tavistock « ta biscotte »
  57. Le calendrier de l’Avent en forme d’objet astronomique précieux
  58. La joie quand Coline Pierré s’abonne à ma newsletter danse
  59. Apprendre qu’au conservatoire, la prof de danse de mon adolescence me surnommait Bambi
  60. Les bagues et les tresses lumineuses de H., quand on s’éternise en discutant bien après la fin de mes cours — les goûters que je lui suggère
  61. Les crumbles deux chocolats du mercredi midi
  62. Les squats qui me tétanisent les cuisses sans aider le genou, chez une kiné où je ne suis pas retournée
  63. Le nouveau pianiste qui pourrait être un pote
  64. Se retrouver en collants roses et godillots dans la cour d’un lycée, magie de l’exercice d’évacuation incendie
  65. Les musiques chelous qui servent de sonnerie au lycée, interfèrent dans la musique du cours de danse et me donnent systématiquement envie de les interpréter par des mouvements désarticulés
  66. Le trajet retour en métro avec une élève débutante adulte, qui m’explique faire de l’animation et visualiser les mouvements de danse comme les silhouettes qu’elle anime, avec des points-clés (le pouvoir de la visualisation !)
  67. Se hurler dessus avant de rendre les clés de la voiture de location, tout au stress de rater le train
  68. Faire la lecture du cirque et du tracteur vert au fils de JoPrincesse
  69. Causer trouble anxieux avec C. dans le cimetière de Montrouge (et ses allées par essence d’arbres)(et sa stèle vitrail)
  70. Les sous-verres en forme de vinyle au seul café qu’on trouve d’ouvert la même ou une autre fois (une librairie japonaise) — il semblerait que ce soit en 2024
  71. Voir deux spectacles de Martha Graham pour la première fois et dans la même journée
  72. Ce dernier mercredi si chaud de juin, où l’on m’offre des chocolats
  73. Les volutes à la Van Gogh et « G-Ives-verny » sur la broche-prénom du boulanger
  74. Les derniers accras de morue au restaurant de poisson de Montrouge
  75. Le salon de thé Krème qui a fermé
  76. Les rares mais longs coups de fil avec L., notamment la fois où elle me raconte avoir soufflé une lampe-lune-néon en verre
  77. Se remettre à pleurer quand il me demande à quel niveau de vert couper les poireaux
  78. Le canapé de la voisine qui brise le vasistas du salon lors de la livraison
  79. Moi qui soupçonne le boyfriend d’être TDA, lui qui me soupçonne d’être un brin TSA
  80. En pantalon à pinces, avec un masque et de la fièvre, improviser un échauffement sans barre, pour des élèves qui ne sont pas les miennes et sont filmées par les caméras de France 3 région
  81. La découverte d’un nouveau plat indien à la noix de cajou
  82. Barricader les fenêtres d’oreillers, plaids et coussins pour tenter de dormir dans le noir en Angleterre
  83. Le pull rayé blanc, vert pâle et vert foncé que je n’ai pas acheté à cause de sa composition plastique
  84. Manger un msemen au soleil avec L. dans le parc aux coqs
  85. Écrire mon prénom sur un chevalet en papier, un geste que j’avais oublié
  86. « Mais ils sont beaucoup plus vieux que toi, ils ont 34 ans. » Plus jeunes, donc. Incrédulité de mon interlocutrice, qui en arrête de pousser son vélo.
  87. Goûter le merveilleux de chez Brier en updatant avec M.
  88. S’emmêler les pinceaux temporels  et savourer le roulis lingual allemand devant Dark
  89. La flaque de larmes d’une enfant figée parce qu’elle n’a pas réussi un pas — une flaque, comme dans les bandes dessinées !
  90. Ces Anglais qui font des plongeons en combinaison dans le port de Mousehole
  91. Une petite fille qui m’offre une gourde à fleurs à la fin de l’année car la mienne a été décrétée trop petite (elle passait sous tous les robinets)
  92. Une autre élève qui part en fou rire quand je ramasse sa gourde, persuadée que c’est la mienne nouvelle (le motif floral à l’aquarelle est très similaire)
  93. « C’est ton côté farfelu » dixit la directrice en voyant la fleur en fil de chenille offerte par une enfant et plantée dans mon chignon
  94. Le paquet de Chocapic XXL pour pourvoir aux petits-déjeuners du boyfriend et des miens (en topping sur les flocons d’avoine)
  95. Le boyfriend qui me raconte son avancée dans Clair-Obscur comme si le jeu vidéo était une série
  96. « Mais on va avoir la honte, si c’est un jeu vidéo » dixit une enfant quand je leur fait écouter la chanson de Clair-Obscur que j’ai sélectionnée pour le spectacle
  97. Les élèves qui se mettent à chanter La Bohème tout autour du piano tandis que l’autre groupe passe au milieu
  98. Faire les boutiques avec Mum à la recherche d’une parka qui ne soit pas noire (et jolie) (et imperméable)
  99. Croiser A. le lendemain de notre cours quand elle emmène ses enfants au leur. Découvrir au moment où elle repart à Versailles qu’elle aurait été partante pour se voir hors des cours de danse
  100. Trouver des galettes de pomme de terre à Vierzon à la faveur d’un train annulé et les mettre illico au menu du réveillon

Après avoir parcouru la galerie photo de mon téléphone, j’aurais pu ajouter :

  • un élan pour des tests culinaires : beignets de poireaux, palak paneer, salade aux asperges crues, grilled sandwich courge buternutt-miso-cheddar…
  • les électrodes chez le kiné
  • lire des BD dans diverses médiathèques entre les cours que je prends et ceux que je donne
  • utiliser des pièces d’échec pour visualiser le placement des élèves dans les chorégraphies
  • les magnolias en fleur au parc Barbieux
  • reconstituer les anamorphoses géantes du palais des Beaux-Arts
  • cuisiner la même recette en visio avec C.

Revue de blogs #20

[…] j’ai l’impression que l’IA circule partout, parfois même dans les textes ou commentaires amis. Peut-être qu’elle révèle seulement la platitude de nos langues. […] Partout l’impression que le langage se vide.

Caroline Diaz, notre besoin de fictions, Les heures creuses

L’IA qui révèle la platitude de nos langues, c’est exactement ça. Des tournures prêtes-à-dire qui ne disent rien. Corporate, creuses ou ronflantes. Qu’elles soient écrites ou générées n’y change pas grand-chose (c’est probablement là la tristesse).

…

Nous sommes tous complices et compromis. C’est le bon point de départ pour penser à ce que nous devons changer. Toute position de la vertu est vouée à l’échec. Il est impossible d’être vertueux dans le monde courant à moins d’être hors-système. […] La complicité est une arme beaucoup plus efficace dans la réforme des institutions. Je suis compromis donc je dois penser le changement pour l’être moins.

Karl, Mon cœur a bondi, Les carnets Web de La Grange

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Je crois que j’aime éprouver ce sentiment qui ressemble à celui de l’enfance devant les premières lettres, quand on ne sait pas encore les déchiffrer. Savoir qu’il y a du sens, caché mais pas inaccessible […].

Christine Jeanney, block note — oiseaux, Tentatives

Apprendre à lire, à déchiffrer tout du moins, la musique, le braille, l’alphabet cyrillique, les kanjis, la langue des signes (française). Ou les brouillons de structures littéraires qui illustrent l’article d’origine, comme des infographies sans légende.

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Walking the narrow path between the forest’s tall evergreen trees felt like entering a European cathedral with a towering vaulted ceiling. […] You feel small and big all at once.

Trouvé chez Karl

At once, minuscule comme individu, immense comme partie du tout qui ne s’en détache plus, se confond avec.

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(ça devrait me permettre de mettre de côté et définitivement la question de ma légitimité à traduire, moi qui n’ai fait aucune étude en ce sens, quand trois traductions qu’on peut qualifier de professionnelles, ou de références, font ce raté)

J’avais oublié que je m’étais libérée ce jour-là de l’item légitimité. Peut-être parce que c’était sur le moment.

Purée, c’est tellement ça, la légitimité qui se trouve et s’oublie l’instant passé…

À qui ou quoi on donne de la légitimité. Qu’est-ce qui fait que trois professionnels reconnus acceptent de traduire par « champs d’oreilles » sans reconsidérer cette sorte d’absurdité, parce que c’est VW, qu’elle est grande, qu’elle a toujours raison, et que si elle veut mettre des oreilles flottantes sur des tiges dans des champs, sa licence poétique, son statut le lui permettent. Sauf que ce n’est pas ce qu’elle fait. À quel moment on s’incline, à quel moment on essaye de comprendre sans l’entrave du légitime, du statut, de la statue.

Christine Jeanney, block note — écoute, Tentatives

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Dans un « petit aparté » à déplier, Dame Ambre raconte une histoire de mains qui se rencontrent et c’est <3

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Just like a muscle gradually losing its strength without training, our brains gradually loses its ability to be in a unstimulated state if we are constantly  gratifying it with stimuli.

What the phone does is to manufacture frustration, a frustration that would not exist if we were not used to being quickly and easily gratified.

Sometimes I think life is just a lifelong journey of being able to convince our selves to go in the direction we actually want to go versus simply going along with our desires and impulses.

Winnie Lim, a different dimension of gratification

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Je ne les imagine pas comme si leur histoire avait continué, comme ils seraient maintenant, mais figés dans l’un ou l’autre des états dans lequel je les ai connus.

Sacrip’Anne, Les absents avec qui je vis, Sisters Cia

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Il nous manque cette proximité géographique qui permet d’éclater une pizza sur les marches de la BNF, pour le simple plaisir de se salir les doigts ensemble. De discuter de projets qui n’iront nul part, de créer un plan de livre dans un studio enfumés, ou de discuter en terrasse d’un projet de podcast. Rien n’avance vraiment, mais on en parle et c’est stimulant. On est ensemble et c’est le principal non ?

Orcwran, Chers eux, Carnets d’un passeur

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La transmission est toujours une chose étrange. […] Il ne s’agit pas de discours, mais de la ré-interprétation d’un geste à chaque génération. Certaines choses survivent plusieurs générations. Certaines s’estompent dans leur déformation ou dans leur oubli. On ne sait jamais ce que l’on va transmettre, ni ce que l’on va éviter de passer.

Karl, transmettre, Les carnets Web de La Grange

La dernière phrase, je la constate déjà dans ma deuxième année d’enseignement de la danse. Les élèves s’amusent à reprendre en cours une passe en duo, pour moi anecdotique, d’une chorégraphie de l’année dernière, et ouvrent leur couronne avec la même impulsion que j’y mets presque toujours sans y penser…

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J’aime beaucoup le fait que ce soit à la fois à moi et pas à moi. Que ça m’appartienne un peu comme un coucher de soleil ou une fleur de passiflore déterminée, ouverte un 24 décembre.

Christine Jeanney, block note — marginalia, Tentatives

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Je n’ai pas un article à citer en particulier, mais j’ai aimé suivre l’Avent d’Étienne-Orcrawn, sage-femme auteur du blog Carnets d’un passeur.

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[…] avoir la nostalgie de ce qui n’a pas été est mystérieux.

Christine Jeanney, block note — shine on your shoes, Tentatives

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Sorte de retour au réel après des moments aspirateurs […]

Christine Jeanney, block note — merles, Tentatives

Aspirateur, le moment des fêtes.

Lectures 2025

Côté fiction & essais :

Janvier : Liv Maria de Julia Kerninon (2020) 💙💚 / La Femme aux mains qui parlent de Louise Mey (2024) / L’Appel des odeurs de Ryoko Sekiguchi (2024) / Les Ronces de Cécile Coulon / Bleuets de Maggie Nelson (2009) / Février : La Vie têtue de Juliette Rousseau (2022) / L’Animal céleste de Véra Pavlova (2004) / Fumées de Takuboku (1989) / Toucher la terre ferme de Julia Kerninon (2022) / Une activité respectable de Julia Kerninon (2017) / L’Analphabète d’Agota Kristof (2004) / Mars : Le Grand Cahier d’Agota Kristof (1986) 💛/ Tout ce qui nous était à venir de Jane Sautière (2024) / Nue, sous la lune de Violaine Bérot (2017) / Le Dernier Amour d’Attila Kiss de Julia Kerninon (2016) / Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard (2024) / La Colère et l’Envie d’Alice Renard (2023) / La Preuve d’Agota Kristof (1988) / Fragments verticaux de Roberto Juarroz (1993) / L’empathie est politique de Samah Karaki (2024) / Avril : La Voyageuse de nuit de Laure Adler (2020) / De grandes dents, enquête sur un petit malentendu de Lucile Novat (2024) ❤️ / Chaos sur la toile de Kristín Marja Baldursdóttir (2007) 💛 / Mai : Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea (2023) 💜 / L’Usage de la photo d’Annie Ernaux et Marc Marie (2005) / Marigold et Rose de Louise Glück (2022) / Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba (2018) / Faire famille, une philosophie du lien de Sophie Galabru (2023) / Nullipare de Jane Sautière (2008) / Érotiques, 69 poétesses de notre temps (2024) / Strega de Johane Lykke Holm (2022) / La Muraille de Chine de Christian Bobin (2019) / Juin : Une chambre à soi de Virginia Woolf (1929) / La Végétarienne de Han Kang (2007) / Laisse-moi te dire… de Margaret Atwood (2020) / Nos dernières fois, Défier la nostalgie de Sophie Galabru (2025) / Juillet : Le Troisième Mensonge d’Agota Kristof (1991) / Mémoires de Marius Petipa / Les femmes qui me détestent de Dorothy Allison (1983-1991, 2024) / Hier d’Agota Kristof (1995) / Créer des ballets au XXIe siècle de Laura Cappelle (2024) / Août : Poétiques et politiques du répertoire, Les Danses d’après I d’Isabelle Launay 💛 / Septembre : Résister à la culpabilisation de Mona Chollet / La Tendresse des catastrophes de Martin Page (2025) 💛 / Le Grand Feu de Léonore de Récondo (2023) / Octobre : L’Art de revenir à la vie de Martin Page (2016) / Pleurer au supermarché de Michelle Zauner (2021) / Betty de Tiffany McDaniel (2020) 💙 / Novembre-décembre : Intermezzo de Sally Rooney (2024) 💙 / Décembre : Une faiblesse de Carlotta Delmont de Fanny Chiarello (2013) / Douceur de la musculation de Martin Page (2025) /

Côté bandes-dessinées & romans graphiques :

Janvier : Fragile de Mathilde Ducrest / Je suis bordélique d’Einat Tsarfati / Mars : Les Carnets de l’apothicaire t. 1 / Avril : Éveils de Juliette Mancini / Mai : Ne m’oublie pas d’Alix Garin 💙 / Amours liquides de Lilith 💙 / Les Belles Personnes de Chloé Cruchaudet / Juillet : Minuscule Folle Sauvage de Pauline de Tarragon / Août : Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuttion /  Humaine, trop humaine de Catherine Meurisse

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2025 a été est marquée par…

  • un appétit en berne pour les romans graphiques et BD,
  • un très bon cru de fiction,
  • une grande majorité d’autrices ; les exceptions (à l’exception des poètes et d’un chorégraphe) sont Jean-Baptiste Andrea (j’ai adoré Veiller sur elle) et Martin Page, le binôme de Coline Pierré,
  • ma rencontre avec Julia Kerninon : j’avais déjà lu Le passé est ma saison préférée mais Liv Maria m’a soulevée et donné envie de tout lire d’elle — en commençant par Toucher la terre ferme, Une activité respectable, Le Dernier Amour d’Attila Kiss,
  • des histoires continuées, avec Violaine Bérot, dont j’aime décidément beaucoup la sensibilité, Tiffany McDaniel, qui me rétame pour la deuxième fois, Annie Ernaux (oui, bon, celui-ci était dispensable), Sophie Galabru, Christian Bobin, Mona Chollet, Léonore de Récondo,
  • la découverte de talents confirmés (j’emprunte l’expression à Gilda) : deux ou cent ans après tout le monde, je kiffe Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea, Intermezzo de Sally Rooney et Une chambre à soi de Virginia Woolf,
  • des ovnis : la trilogie des jumeaux d’Agota Kristof et le pavé islandais qu’est Chaos sur la toile,
  • du chelou avec Strega (oui bon) et La Végétarienne de Han Kang (réelle fascination),
  • des découvertes sensibles : La femme aux mains qui parlent de Louise Mey, L’Animal céleste de Véra Pavlova,
  • une grande majorité d’emprunts à la médiathèque. Par curiosité, j’ai noté le prix de tous les livres empruntés ; je pensais totaliser trois ou quatre cents euros, mais j’ai emprunté pour plus de 700 € de livres ! Hors bandes-dessinées, de surcroît.

Taisetsu (neige abondante)

Le ciel se refroidit à l’arrivée de l’hiver

Dimanche 7 décembre

1h30 de visio pour préparer le spectacle de l’école où je donne cours en auto-entrepreneur. 1h30 de travail non rémunéré, tout comme la recherche de costumes ou les musiques que l’on doit fournir en haute qualité et donc acheter nous-mêmes. J’imagine que le spectacle sera de même, extension bénévole qui va de soi. Cela irait de soi dans un contexte salarié, mais nous ne sommes pas salariées. L’envie me prend de facturer ce temps de travail, mais je crains de déclencher les hostilités, bénéficiant aussi de la gratuité du studio pour les cours particuliers que je donne occasionnellement. Où placer l’équilibre dans ce genre d’échange de bon procédé ? à quel moment y a-t-il de l’abus quand tout est informel ? Ne pas m’énerver, ne pas me retirer encore un temps de mon jour de congé.

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Mardi 9 décembre

Avouez, on ne dirait pas une queue de baleine ?

Je m’arrange pour que S. puisse être récupérée en voiture et venir au cours. Je ne connais pas encore à ce moment la raison de son hospitalisation récente. J’apprends plus tard que c’est une TS. Quand je demande ce que signifie l’acronyme, seul le T est déployé et cela est déjà trop : tentative de S.

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Mercredi 10 décembre

Quelle idée ont les parents d’amener leur fille malade et contagieuse à la danse ? Les autres sont crevés ou surexcités. À une certaine heure de l’après-midi, j’abandonne l’idée de faire un cours technique. Un jeu du miroir avec des ports de bras, voilà qui est (brièvement) reposant. Les enfants se reconcentrent d’eux-même et je découvre une qualité de mouvement insoupçonnée chez une petite fille à l’investissement jusque-là très superficiel. Le jeu du miroir est peut-être encore de leur âge, finalement.

Riz soufflé au peanut butter, c’était pas mal

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Jeudi 11 décembre

Cours de stretching postural : aujourd’hui, on apprend à mettre sa cheville en avant. La sensation est similaire à la résistance créée par des chaussures de ski (entre ça et le tire-fesse pour l’engagement des ischio-jambiers en relation avec les rotateurs, nos comparaisons sont socialement très marquées — Bourdieu, ballet, bourgeoisie).

Une autre prof présente me donne une super astuce pour travailler la rotation du bas de jambe : placer un petit ballon (de Pilates) entre les mollets.


J’étais toute contente de ma commande musicale — une sicilienne pour des relevés lents sur pointes — puis sont arrivés les fondus. Après plusieurs essais avec la pianiste tentant de pallier mes difficultés, j’ai dû me résoudre à passer l’exercice, incapable de le compter (ça marchait sur la musique enregistrée).


Une maman que j’ai vue de plus en plus fatiguée au fil des semaines est en arrêt maladie. Ses cernes sur le banc, sa fille à la barre. Le cours est plus facile quand les jumelles ne sont pas là ; j’aimerais ne pas m’en faire la remarque.

En barre au sol, la fatigue me fait dire n’importe quoi. J’ai noté nawak, le hamster, atelier barre au sol par deux et sûrement cela a fait sens à un moment. Maintenant ? Leur ai-je raconté l’anecdote de mon premier et unique cours de pole dance ? J’avais réussi à me renverser avec beaucoup plus de facilité que la plupart des autres élèves (deux trois tentatives pour comprendre qu’avec un grand battement, c’est plié), mais, alors que les autres n’avaient aucun problème à se laisser glisser le long de la barre, mon cerveau tête en bas avait paniqué : voyant le sol se rapprocher, je m’étais éjectée de la barre en roulé-boulé et la prof s’était exclamée « Oh ! On dirait un hamster ! »

Edit : ce n’était pas ce hamster-là, je me souviens à présent ! C’était le hamster du fil Reddit sur les images données par les professeurs de danse. Sur la demi-pointe à garder très haute pour ne pas écraser le hamster juste en-dessous. Image dont je me suis souvenue de travers : redescendre en contrôle pour presser doucement le hamster. La SPA en PLS.

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Les ours se terrent dans leurs tanières pour hiberner
(et moi pour cuver ma crève)

Vendredi 12 décembre

Réveillée à 3h du mat’ par mal de gorge carabiné, j’enchaîne quelques heures de sommeil plus tard sur le dernier jour de formation, plutôt intéressant de part son focus RH. Tout le monde rit lorsque la formatrice indique que les 20h hebdomadaires de nos contrats (19h en danse) incluent les temps de réunion, voire de préparation de cours ; c’est du face-élèves pour tous. Il est également question du droit de réserve ; je parle (ventile) trop.

Le soir, j’essaye de trouver des pistes pour avancer la choré malgré l’épuisement — à défaut de la finir.


Le boyfriend se découvre une nouvelle pizza préférée avec crème de fromage italien, pecorino et coulis de jaune d’œuf ; bordel,  c’est tellement appétissant que j’en mange en virant les morceaux de guanciale.

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Samedi 13 décembre

Gourde à la main, une enfant dit à une autre qu’elle est quand même un peu H-A-N-D-I-C- Je l’interromps : je rêve ou tu épelles handicapéS’ensuit un laïus improvisé pour expliquer qu’utiliser le handicap comme insulte n’est vraiment pas une bonne idée, mais je ne suis pas certaine que la petite fille comprenne : elle croit que je la réprimande d’avoir traité-de sa camarade et s’en défend c’était-pour-rire, alors que je voudrais justement lui faire comprendre que le handicap n’a rien de risible, qu’aucune honte dont on pourrait rire n’y est attaché, et qu’elle ne sait pas, jamais, si les personnes autour d’elle sont ou non porteuses d’un handicap — souvent invisible. Je suis plus confuse à l’oral — et péremptoire : je ne veux plus entendre ça en cours. (J’essaye d’être ferme sans méchanceté.)


Fièvre qui remonte, salle inadaptée, j’éprouve de grandes difficultés à faire avancer la choré. Je suis explosée de fatigue et ça se voit, dixit le pianiste. Est-ce l’honnêteté brusque qui me surprend, ou la validation compatissante ? Ah bah merci, je réponds en rigolant (et quelque part, merci vraiment, soulagement).

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Dimanche 14 décembre

Dad entre à l’hôpital aujourd’hui. Demain est le point temporel où convergent et se dénouent (on l’espère) les anxiétés : tandis que j’aurai mon premier rendez-vous avec une nouvelle psy, le boyfriend sera dans le train avec le chat pour s’installer dans sa maison… et Dad sur la table d’opération, à cœur ouvert.

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Lundi 15 décembre

Le cabinet de la psy est tristoune-cheapouille. Est-ce pour compenser les expressions invisibles de mon visage masqué ? La thérapeute marque l’empathie de manière si appuyée qu’elle parait jouée — factice. Ces expressions exagérées me laissent mi-figue mi-raisin, mais le fait est que cette première séance remplit son rôle de bilan, alors que je craignais que le résumé des épisodes précédent déborde bien au-delà. Elle ne voit pas trop l’intérêt de se pencher sur la question d’une éventuelle neuroatypie si ce n’est pas un problème quotidien, et pense plutôt aller du côté de la confiance en soi. Pff, tout le fun est parti. Je me rue sur une pâtisserie au chocolat en sortant.

J’annule le cours pour cuver ma fièvre et tenter de tenir la dernière semaine de trop (le mois de trop).

On me dit que le chirurgien a dit que l’opération s’était bien passée.

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Mardi 16 décembre

Fin d’année : la fin du cours est requalifiée en apéro avec mes adultes avancés. On trinque au jus de litchi-goyage (délicieux).

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Les saumons remontent les rivières en bancs

Mercredi 17 décembre

Je poursuis l’exploration des alternatives au crumble deux chocolats avec cette part de pain perdu au praliné et au caramel.

Dernier mercredi avant les vacances : j’ai décrété les portes ouvertes pour acheter la tranquillité des élèves, canalisés par la présence d’un public. Les parents ne voient pas la stratégie de survie, ils sont contents, me remercient, alors que, vraiment, c’est moi qui les remercie pour le calme qu’ils m’offrent. Et parfois, en plus du calme, de jolies attentions, des Ferrero rocher, des escargots en chocolat, deux roses des sables maison dans un petit sachet accompagné d’une carte : une boule de Noël rayées à coup de masking tape et de paillettes, là encore maison. Je suis toujours ravie et surprise, n’ayant pas cette culture du cadeau de remerciement.

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Jeudi 18 décembre

Cours de stretching postural : aujourd’hui, on tente de plaquer ses omoplates pour conserver la force du dos dans les ports de bras. C’est une zone très floue pour moi ; sans le miroir, je n’ai aucune idée de comment elles sont placées. Ça marche mieux d’un côté que de l’autre.


Le cours de l’après-midi se délite dans la bonne humeur. On ne sait parfois plus trop qui accompagne qui dans les chansons de Noël, des élèves ou de la pianiste (qui chante merveilleusement bien, je le découvre à cette occasion). Je case des courses de Noël entre les cours et je tiens, je tiens bon, m’économise en barre au sol (et corrige mieux ?). Premiers piqués tours pour mes débutantes adultes.

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Vendredi 19 décembre

Après quatre semaines, un vendredi off, enfin. Off ou ouf. Je me repose moins que je n’investis ce temps trop longtemps dérobé : la préparation du déjeuner se mue en batch cooking (quitte à faire chauffer le four), avant de passer à la médiathèque récupérer Douceur de la musculation. J’en serai la première lectrice. Tout est bon pour ne pas m’avouer que je procrastine la choré.

Coucher de soleil de maboule (maboule remplace de ouf ces temps-ci). Je ne regrette pas la station de tram supplémentaire.

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Samedi 20 décembre

Seule la moitié des enfants est présente et, comme le fait élégamment remarquer un élève souvent saoulé par l’immaturité des autres (nous ne nommerons personne), les éléments perturbateurs sont absents ; ça change tout.

Au premier cours de l’après-midi, je reçois des chocolats et une ballerine affreuse mais adorable, figurine en plastique translucide en tutu-plume à accrocher dans le sapin. Regardez, elle a bien les pieds en dehors, je m’extasie comme je peux. C’est adorable, juste pas l’objet.

Une demie-heure avant la fin, le cours se délite dans un essayage impromptu de costumes, tant pis, je lâche. Je ne lâche pas la chorégraphie au cours qui suit, en revanche, nous n’avons pas ce luxe. Il y a encore des couacs, mais ça avance, j’orchestre l’ensemble à partir de leurs trouvailles. De beaux cygnes blancs, un énième bonnes vacances et ça y est, ce sont vraiment les vacances : soulagement, gaité même — jusqu’au moment, en fin de soirée, de prendre les billets de train. Toutes ces heures de fatigue à venir quand j’ai si besoin de la résorber, cette fatigue…

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Dimanche 21 décembre

Mon cerveau encore en manque de sommeil reste en mode warrior / give me la to-do list, sans l’énergie d’abattre les tâches les plus physiques (et par physique, je n’entends rien d’extraordinaire : des cours à préparer, du ménage). Je ne saurais dire si lister par écrit les tâches me permet de les mettre à distance pour un temps ou si cela accentue au contraire l’anxiété de l’instant présent — toutes ces cases à cocher hic et nunc… Toujours est-il que je retrouve l’embout permettant de recharger l’Apple pencil en rangeant. J’approuve la patate douce en tagliatelles (avec de la feta) et cherche des variations simples pour une ado qui voudrait représenter la danse classique à un événement de talents de son école (le terme me fait penser à une émission télévisée). C’est à la fois plus simple et plus difficile à trouver que ce que je pensais, une fois éliminés les prodiges des Youth American Grand prix et consorts ; j’en fais une petite provision. Le mail est envoyé automatiquement aux deux parents : le père me remercie d’avoir pris le temps de formaliser ça par écrit ; la mère me remercie beaucoup, sa fille est ravie. Quoique toutes deux très courtoises, ces réponses ne me font pas le même effet ; le travail émotionnel est décidément genré, les femmes ont appris à y faire.

Revue de blogs #19

[…] selon qu’il y a attirance réciproque et passage à l’acte ou pas, qu’on mélange nos peaux ou qu’on s’abstienne par manque d’envie, circonstances ou mauvais timing, ou genre, on navigue entre des choses qu’on va étiqueter amour romantique et amitié.

Sacrip’Anne, Les vraies sorcières n’ont pas besoin de brouillons, Sisters Cia

<3…

L’intime par le collage : allez lire-voir la série d’Eli.

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[…] beaucoup de gens achètent des livres comme des chaussettes à fil doré où il est écrit Chipie, ou Emmerdeuse, parce c’est à la mode en ce moment, que ça se fait, et sans imaginer qu’ils achètent des armes de restriction.

Christine Jeanney, block note — massif, Tentatives

J’ai pensé la même chose l’autre jour, sans les livres, en moins bien formulé (des armes de restriction !) devant l’improbable présentoir de chaussettes pailletées du Carrefour city — improbable près des caisses au milieu des produits alimentaires et improbable résurgence des années 1990 en 2025 : tous les adjectifs ou presque sont au féminin et négativement connotés. Je pensais qu’on avait évolué depuis, mais peut-être n’est-ce que mon entourage d’une certaine classe sociale ? Un backlash, une nostalgie ? J’ai eu envie de trouver une paire qui me plairait, avant de me rendre compte, de devoir me rappeler que c’étaient, oui, des armes de restriction.

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Au lieu de retrouver le sens du gratuit, nous sommes amenés à éprouver comme un devoir même le simple emploi du temps libre, lequel devient de la sorte un temps vide, ou rien ne favorise un quelconque rapport avec soi-même et avec la vie.

Fellini par Fellini
cité par Christine Jeanney, block note — cachot, Tentatives

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Il y a les livres faits pour être lus, et les livres faits pour être là.

Guillaume Vissac, 181025, Fuir est une pulsion

Lalalala (ce sens de la formule).

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J’ai envie quand j’y pense, de tout ça j’ai envie, souvent, et pas seulement pour me débarrasser d’une tâche mentale ; j’ai envie du processus, de l’activité, du faire. […] Et puis le moment arrive, le moment juste où coïncide le temps libre ou libéré, l’envie, et les projets. Et là
l’ennui
et plus rien ne semble pouvoir rallumer le tableau de bord et réactiver l’électricité qui fait bouger, agir, penser, ressentir, vivre ce corps.

Peut-être que l’ennui c’est de la dissociation […]. Peut-être que l’ennui c’est mon système nerveux qui se repose d’avoir été trop activé et dérégulé.

Je m’ennuie quand j’ai enfin du temps mais que ce temps ne durera pas, que c’est maintenant ou jamais, et il faudrait saisir la paire d’heures ou de jours donnée mais soudain – non – ça s’arrête.

[…]  je ressens juste la frustration du temps qui passe et dont je n’ai rien fait, la sensation de culpabilité d’avoir eu le temps d’écrire des messages / publier des articles / faire des rangements et de ne l’avoir pas fait […]
[…] quelque part, même si je n’aime pas le reconnaître, l’ennui est bien une forme d’après-coup d’une surcharge […]

L’ennui, Pourquoi pas Autrement ?

Lu un dimanche à deux doigts de m’ennuyer, redoutant la déception et l’à quoi bon si je tente de rédiger quelque chose d’un tant soit peu soutenu alors que je sens mes capacités mentales saturées. (Je crois que je suis mûre pour chercher un diagnostic sur la probable neuroatypie de mon cerveau.)

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J’ai la tête farcie de futur. Ce n’est pas très agréable. La question n’est pas tant qu’il s’agisse d’un bonfutur ou d’un malfutur (tout futur est nul tant que non advenu), mais plutôt qu’il me dépossède de moi-même au seul moment du monde où je suis moi. Privé de toute espèce de présent et donc de présence, le temps tout étendu qu’il soit devient quantité négligeable.

Guillaume Vissac, 231025, Fuir est une pulsion

Une très bonne circonvolution pour définir la vie sous anxiété. Ce qui est à venir vient tout de suite, se concatène sans étalement chronologique, encombrant l’ici et maintenant.

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Parce que je ne crois pas avoir envie d’apprendre. Pas ça, pas maintenant, ou pas de cette manière.
Tout ce que je veux, c’est ressentir de la joie. C’est avoir le droit d’expérimenter sans but, sans attentes.
[…] Et je trouve ça dingue qu’à 34 ans, je continue à devoir redécouvrir ça, difficilement, plusieurs fois par an […].

Un jour d’automne et de l’aquarelle, ou comment s’autoriser à faire sans but, Pourquoi pas Autrement ?

M’amuser à prendre des photos sans apprendre à faire de la photo, ça je sais. Je me suis rendue compte que je ne voulais pas spécialement apprendre lorsqu’on m’a offert un appareil avec une réactivité et un objectif qui m’a permis des arrières-plans flous et des portraits doux, aux expressions telles que je les vois : ma frustration était levée, c’était assez pour m’amuser. Mais autant la photo échappe à l’envie-besoin de me perfectionner, autant je n’y résiste pas aussi bien avec le dessin ou l’écriture. Je ne sais plus ou pas « expérimenter sans but, sans attentes ». Cela me donne l’impression d’errer, ou d’échouer. Le collage, à la rigueur. Cet après-midi, j’ai tenu deux magazines et une trentaine de bandelettes découpées. Et je trouve ça dingue qu’à 37 ans, je continue à devoir redécouvrir ça, difficilement, plusieurs fois par an.

Aussi : la danse, en devenant mon métier, a cessé d’être quelque chose que je ne faisais que pour le faire, le plaisir à même l’activité. Avec davantage d’énergie physique, moins de peurs héritées des blessures et une moindre intolérance au bruit, je tenterais bien d’autres styles (hip-hop, heels…)(quand je vois le nombre de professeurs de heels qui sont ou étaient danseuses classiques…)

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Qu’est-ce qu’on lit dans le métro ? Récit réjouissant de Chambre d’écho :

A rechercher les titres on croise inévitablement des regards. Car notre quête défie les lois tacites du métro. Il n’est plus question de s’ignorer, de se tolérer le temps d’un trajet.

Précisons : le métro parisien. Les règles tacites ne sont pas tout à fait les mêmes dans le métro lillois, où il est de mise de se sourire quand les regards se croisent (je sais, je sais,  « sans perturber l’équilibre précaire de cet écosystème » on avait dit).

Le travail d’enquêteur doit être pris au sérieux. Lorsqu’on parvient à apercevoir le coin inférieur droit d’une jaquette de chez Folio Classique, on épluche le catalogue de la collection pour retrouver les motifs bleus et rouges qui filtraient entre les doigts poilus d’un homme d’âge moyen vêtu d’une veste de cuir.

J’aime ce jusqu’au-boutisme absurde, mais pas plus qu’autre chose.

On finit par se prendre d’amour pour les éditeurs qui rappellent le titre et l’auteur de l’ouvrage en haut de chaque page. Ils nous évitent de devoir prétendre refaire nos lacets pour accéder à la couverture qui fait face au sol crasseux du métro.

Il faut croire que je ne suis pas aussi ouverte d’esprit que j’aime à le penser […] Je ne saurai jamais si les dragons peuvent forniquer avec des humaines. Et je continuerai à me penser lectrice sans pour autant connaître le nom des autrices qui vendent le plus de livres au monde.

Chouette inversion face à la hiérarchie des genres.

Pensons la lecture de métro comme une activité démocratique qui fait voyager dans les mêmes conditions les prétendus grands auteurs et les genres populaires.

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C’est très difficile à expliquer, mais toujours afficher une bonne humeur sereine, se montrer également enthousiaste quand j’aborde la vie de la fée Morgane et le conditionnel présent, ne jamais perdre patience devant des comportements gris et agressifs, ça demande une force immense.

Monsieur Samovar, Vendredi 28 novembre, Prof en scène

Pas de conditionnel présent ni de comportement agressif dans mes cours, mais rien que la bonne humeur, le visage souriant et encourageant, ça vide.

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sans dire, je silence tout
et le tout devient bruyant

Marie Kleber, Ce que je silence, Accrocher la lumière

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Ma tête est un lieu difficile à habiter ces derniers mois.

Ce week-end sur un coup de tête, j’ai commencé à assembler une maquette de bateau et l’absence de narration dans le cerveau m’a offert un répit considérable.

Eli, Rendez-vous en terre inconnue, Hyporthermia

L’absence de narration, purée, c’est tellement ça.

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Sur mon chemin, j’ai contourné l’Opéra Garnier. […] Par l’une des grandes fenêtres, j’ai vu de la lumière jaillir. Un éclat ancien s’est déversé dans la nuit, un or loin mais là, et c’était assez spectaculaire et, je dois dire, beau, cette beauté passée accidentellement répandue sur notre présent.

Guillaume Vissac, 061125, Fuir est une pulsion